BULLETIN 4  

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The Brussells Tribunal
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OCCUPATION YEAR 8
UN GOUVERNEMENT DU SALUT EN IRAK REFLEXIONS SUR L'ASSASSINAT CIBLE LE PROJECT DE L'OCCIDENT EST RATE AFHGHANISTAN  SUPPORT THE BRUSSELLS TRIBUNAL
ABDUL ILAH ALBAYATY

Abdul Ilah Albayaty

 

LES IRAKIENS DEVRAIENT ET POURRAIENT PROCLAMER

UN GOUVERNEMENT DU SALUT

ANTI OCCUMATION NETWORK

En Irak, Obama a choisi  la continuation de la criminelle ingénierie sociale. Seule une rupture du processus politique peut sauver l’Irak et son peuple écrit Abdul Ilah Al Bayaty.

Tous les observateurs (les Nations-Unies, les institutions internationales, les organisations, les mouvements et partis arabes et internationaux, les irakiens en dehors des cercles du pouvoir en place en Irak) pointent du doigt et ont même alerté la communauté internationale, les Nations-Unies, les membres de la Ligue Arabe, les mouvements internationaux et arabes, de la situation tragique et des conditions de vie des irakiens vivant sous l’occupation, de la diminution drastique de toutes chances de vivre une vie normale si les conditions que l’invasion américaine a créées sont maintenues, et si le gouvernement Al Maliki soutenu par les Etats-Unis (EU), les leaderships kurdes et les partis sectaires pro-iraniens maintiennent leurs politiques de répression généralisée, de corruption généralisée, de falsification d’événements et de mensonges généralisés comme justifications.

 Le plan initial de destruction de l’Irak et de sa division en trois entités,en dépendant d' une alliance entre les séparatistes kurdes, les religieux iraniens fascistes et les activités clandestines des services secrets israéliens, était déjà un plan en lui-même de criminelle  ingénierie sociale contraire à toutes les obligations d’une occupation sous les lois internationales. Dès lors que l’armée irakienne et avec elle les irakiens se sont engagés à résister à l’occupation, cette dernière et ses alliés se sont embourbés dans de désastreuses actions génocidaires désastreuses non seulement pour les irakiens mais aussi pour les EU, les pays voisins de l’Irak, l’économie internationale, les relations, normes et standards internationaux.

 Ce qui s’appelle “processus politique” n'a pour but que d’achever cette division de l’Irak. Mais tous ceux qui connaissent la région savent depuis le début que le plan des EU de détruire l’identité arabo-musulmane de l’Irak et de le diviser en une entité chiite, une  sunnite et une kurde ira directement à sa perte. En courant derrière ce mirage, les EU ont produit sept années de morts incessantes, de destructions et de terreur pour l’Irak et sept années d’échec à combattre les irakiens et leur Resistance: une véritable effusion de sang pour l’Irak et un gouffre financier pour les EU. Les Etats-Unis n’y ont gagné que la honte, une crise financière, les morts injustifiables de leurs enfants, une agression impardonnable, le déclin de leur image, et une méfiance généralisée de leurs valeurs et leurs politiques.

 Oui, les EU ont réussi à détruire l’Irak. Mais réussir à reconstuire un nouvel Iraq divisé  en trois entités semi autonomes, projet que les think-tanks étatsuniens ont créé pour eux-mêmes et pour Israël, relève de l’impossible.  L’Irak est incassable. Les irakiens, leur identité et leur volonté ainsi que la réalité géopolitique de la région ne permettent aucune division de l’Irak. Après sept années d’échecs, au lieu de négocier avec la Résistance et les forces anti-occupation restées en dehors du processus politique américain pour établir la paix et les conditions d’un retrait de leurs forces armées et de rendre l’Irak aux irakiens afin qu’ils puissent reconstruire leur pays, leur société et leur vie, l'administration Obama a décidé de raviver le processus politique raté via des élections fausses.

 Avec Obama, les EU- premiers responsables de la situation tragique en Irak — ont présenté les élections irakiennes comme le remède aux problèmes qu’elles ont créés et soutenus. En réalité, les règles qui dominent le processus politique, la répression, la mise au ban de tous les opposants, la déportation forcée de la plus grande partie de la classe moyenne en dehors de l’Irak ont réduit ces élections à une simple   pièce de théatre qui reprduit le même processus politique raté afin que les EU puissent prolonger et assoir leur contrôle sur l’Irak et en meme temps s'exempter de leur responsabilité concernant la situation tragique de l'Irak. Réussir un jour d’élections n’a rien à voir avec les vies quotidiennes tourmentées des irakiens.

 Pour les EU, les signatures du gouvernement Maliki sur l’accord du Statut des Forces (Status of Forces Agreement) et sur les contrats pétroliers les ont libérés de se préoccuper de qui gouverne,  de comment il gouverne et dans quel but il gouvene. Comme tous ces accords  sont  légalement  nuls et non avenus et malgré des déclarations toutes réthoriques  sur le retrait des forces de combat américaines, les EU auront à leur disposition  à l’intérieur même du processus politique ,processus dirigé par des voleurs, chefs de guerres et agents, des forces qui  les assurent  qu’aucune force d'opposition aux  EU puisse exister  sans etre éliminée immediatement  par d'autres forces du processus politique ou directement par les EU ou par ses forces d'opérations spéciales . Les forces dans le processus politique sont toutes ouvertement encouragees à lutter l'une contre l'autre dés lors qu'elles ne s'opposent pas à l'occupation et ne soutiennent pas l’édification d’un état irakien unifié.

 Rien n’est  plus clair concernant cette stratégie que le discours de l’ambassadeur Hill à Washington. Tous les candidats aux dernières élections, Allawi inclus, étaient en accord. Leurs différences portent sur le partage du pouvoir et leur part du gâteau: l’Iran et ses agents refusent d’intégrer les sunnites dans la machine politique; les kurdes ne veulent pas que les arabes s’unifient afin d'intégrer Kirkuk dans leur region au nord; Allawi et beaucoup d’autres critiquent le sectarisme et le fascisme religieux mais ils ne sont pas hostiles à l’invasion ni à une débaathification douce ; Maliki veut rester premier ministre par des élections ou par la force. Apparemment les résultats des élections tronquées servent bien les plans étatsuniens. Le parlement sera aussi divisé qu’avant et le futur gouvernement sera aussi faible qu’avant.

 Il y a au moins deux aspects qui pourraient mettre en danger et perturber ces plans complaisants pour les EU. Le premier : alors que les EU n’ont rien fait pour changer la situation tragique en Irak, laissant le sale boulot de la répression, la corruption et les mensonges à ses alliés locaux, ceux-ci refusent maintenant tout changement. Ils utilisent des moyens et subterfuges légaux et illégaux (assassinats, arrestations, déportations et terreur) pour que les pouvoirs puissent rester dans les mains de l’alliance entre les deux partis kurdes et de deux partis shiites. L'attentisme kurde, les interventions iraniennes, les violences sectaires et les menaces d’Al Maliki de ne pas reconnaitre les résultats des élections vont dans cette direction.

 Le second danger aux plans étatsuniens est la position de la résistance populaire et des forces anti-occupation par rapport aux élections. Aucune de ces forces n’a présenté une liste ou des candidats officiels rendant ainsi les élections illégitimes. Ni le parti Baath, ni le Taa’sisee, ni l’association des Savants Musulmans en Irak ,ni  la gauche anti-occupation n’ont participé mais ils ont laissé le choix de boycotter ou de voter à leurs partisans en fonction de la situation locale.

Si on analyse le nombre de votes par liste et par thème, on peut tout de suite voir que le projet de mouvement anti-occupation pour un Irak unifié a remporté le plus de succès et que donc il est la première force politique du pays:

Les votes à Kirkuk, Mosul, Diyala et Salaheddin prouvent que les plans kurdes d’expansion ne reçoivent pas l’aval de la population de ces départements. Les partis purement religieux, qui rêvent d’un état religieux, ont récolté moins de 2.5 millions de votes sur un total de 12 millions alors même que pendant sept ans ils ont utilisé le pouvoir pour leur propre bénéfice avec la bénédiction des EU. Ceux qui supportent la division de l’Irak en une entité shiite, une autre sunnite et une troisième kurde -c’est-à-dire le Iraqi National Accord (INA) et l’Alliance Kurde- n’ont pas réussi à récolter plus d’un cinquième de tous les votes eligibles. Il faut mentionner que les Sadristes — qui font parties de l’INA — se présentent comme refusant la division de l’Irak.

 Le nombre de votants acceptant l’hégémonie iranienne sur l’Irak est très faible. L’INA, qui est le principal allié des EU, a remporté autour de 2.095.000 votes sur les 18 millions éligibles et sur les 12 millions  votants. On pourrait rajouter la moitié de la liste de Maliki si elle  se désintègre. Maliki, une création américaine, se présente lui-même comme étant contre l’hégémonie iranienne. On verra ce qu’il en sera lorsqu’il ne sera plus au pouvoir.

 La situation fait que l’Irak se retrouve à un croisement crucial. Une des possibilités est que les irakiens revivent encore quatre années sanglantes après ces dernières sept années de bain de sang. La seconde possibilité est qu’en respectant la volonté des irakiens, ils puissent enfin se reposer,  vivre en sécurité et commencer à construire un état séculier et à nouveau unifié.  Les votes ont prouvé qu’aucun salut ne viendra du processus politique actuel et que : la Résistance armée -laquelle est l’armée irakienne légale-,   plus ceux qui ont boycotté les élections, ceux qui ont voté pour Allawi et pour les autres listes désirant un changement et un Etat séculier, les réfugiés- dont la plupart sont de la classe moyenne-, les kurdes non-séparatistes qui sont en dehors des partis gouvernants, les turkmènes, les pauvres qui ont voté pour les Sadristes, les chrétiens, les yazidis, les intellectuels honnetes,  tous représentent un public pour qu’un gouvernement du salut se crée, gouvernement qui pourrait reconstruire un Irak démocratique, indépendant et unifié. C’est le devoir des Nations-Unies, de la Ligue Arabe, des pays voisins de l’Irak et des irakiens progressistes de travailler à permettre la naissance de ce gouvernement.

 A partir du moment où les irakiens se battent pour la paix, la stabilité et la démocratie -en résistant et en cherchant un moyen pour reconstruire leur Etat souverain basé sur l’égalité des citoyens- ils défendent aussi les intérêts des pays voisins, Iran inclus, du monde arabe, de tous les peuples, de tous les pays et de toutes les forces qui veulent une fin aux guerres, à la violence, aux relations basées sur la force, l’exploitation et   l’hégémonie de l’Occident dans les affaires internationales dont la première victime se trouve toujours être le Tiers-Monde. L’Irak est au premier rang de la lutte pour un monde meilleur.

  Abdul Ilah Albayaty est un analyste politique irakien et membre du Comité Exécutif du  BRussells Tribunal .  
                                                                                                                                                                                      

Le BRussells Tribunal est  un réseau international d'intellectuels, d'artistes et d'activistes, qui dénoncent la logique de la guerre permanente promue par le gouvernement américain et ses alliés. Ces guerres touchent, pour l'instant, une région particulière du Monde: le Moyen-Orient.  Un tribunal populaire a initialement été crée pour s’opposer au “Projet pour un Nouveau Siècle Américain” (PNAC) et ainsi dénoncer son rôle dans l'invasion  illégale de l'Irak, son travail continue à ce jour. Depuis, ce tribunal populaire tente de faire le lien entre la résistance intellectuelle dans le monde arabe et les mouvements pour la paix de l'Occident. 

 

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cultural cleansing in Iraq

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reflections

                                   CULTURAL CLEANSING IN IRAQ.                         

  Why museums were looted, libraries burned and academics murdered.   Pésentation du livre: Les Halles -  Bruxelles  -  mars  2010    

 

 

 

 

 

 

DESTRUCTION D’ETAT COMME OBJECTIF DE GUERRE

STATEMENT

de Roger van Zwanenberg, président et éditeur en chef de Pluto Press à l’occasion de la présentation du livre aux Halles à Bruxelles le 20 Mars 2010.

Cultural Cleansing in Irak (Génocide Culturel en Irak) est un de ces livres dont la publication me rend très fier. Pluto Press a une préférence pour donner des explications plus radicales aux événements contemporains majeurs. L’invasion de l’Irak en est un.

Etant étudiant je me suis cassé les dents sur l’étude de l’histoire coloniale de l’Afrique de l’Est. J’aurais demandé à mes étudiants pourquoi la Grande-Bretagne a envahit leur pays. 

RÉFLEXIONS SUR L'ASSASSINAT CIBLÉ DES UNIVERSITAIRES À L'OCCASION DE LA SEPTIÈME ANNIVERSAIRE DE LA GUERRE EN IRAK.

A l’approche de l’anniversaire du déclenchement de la guerre en Irak, je pense à ce que j’écrivais il y a sept ans. Cette guerre n’avait rien à voir avec la lutte contre le terrorisme mais avait été planifiée longtemps à l’avance, non pas en vue d’une démocratisation de l’Irak mais plutôt de sa destruction. On a ouvertement raillé ce point de vue. On me considérait au mieux comme naïve ou pathétique dans ma colère mais pas à la hauteur de la politique mondiale.

En vue de la préparation d’une soirée commémorative de ce septième anniversaire du 20 mars, je suis en train de lire un livre:  Nettoyage culturel en Irak. Pourquoi les musées furent pillés, les bibliothèques brûlées et les universitaires assassinés ? (1)   L’hypothèse de base, que vous le croyiez ou pas, était que cette guerre avait dès le départ comme unique objectif la destruction de l’Etat irakien. Mais il y a plus : l’épuration culturelle, le pillage des musées, l’incendie des bibliothèques et l’assassinat des universitaires faisaient partie intégrante de la stratégie de guerre, affirment les auteurs.
‘State ending’, l’élimination d’un Etat, deviendra certainement un concept au même niveau que le génocide et ses dérivés tels que l’urbicide - destruction de villes -, le sociocide - destruction de sociétés -, le mnémocide - destruction de la mémoire collective. Nous l’espérons d’autant plus que ces nouveaux concepts et leurs intrications ne s’appliquent pas seulement à l’Irak.

La presse a largement couvert les pillages de musées. Mais les articles sur ce sujet n’ont pas pointé la responsabilité des pouvoirs occupants contrairement à ce que stipulent les règles internationales du droit de la guerre. La presse n’a pas non plus stigmatisé comme telle cette stratégie de mnémocide. Par contre, au fil de toutes ces années, un silence assourdissant a occulté l’ assasinat ciblé de centaines de cadres et universitaires. Etrange, d’autant qu’au cours des trois premiers mois de l’occupation, déjà 250 universitaires ont été tués. Le BRussells Tribunal dispose maintenant d’une liste de 437 victimes , liste qui sert de référence mondiale. Parce que les professeurs qui ont documenté ces meurtres et disparitions ont aujourd’hui eux-mêmes été assassinés ou contraints à l’exil, il est de plus en plus difficile de tenir cette liste à jour. Selon le Christian Science Monitor, en juin 2006 déjà, 2500 universitaires avaient été tués, enlevés ou expulsés du pays. Nul ne sait exactement combien ont été assassinés à ce jour. On sait que des milliers ont été menacés, souvent par des enveloppes contenant des balles, et qu’ils se sont enfuis. Tout comme les universitaires, les journalistes, les médecins, les ingénieurs et les leaders spirituels ont fait l’objet d’intimidations, d’enlèvements et de meurtres. Il faut savoir que dans ces cas, il ne s’agit pas d’éliminations à caractère sectaire, car les statistiques démontrent qu’il n’y a pas cette logique. Ce sont des universitaire dans des hautes fonctions qui ont été ciblées, pas seulement des Baasistes.

Il n’y a jamais eu la moindre enquête sur ces meurtres, les coupables n’ont jamais été identifiés, et encore moins jugés. Pourquoi ? Sans doute parce que les occupants et les nouveaux dirigeants estiment que cela est sans importance. Ou peut-être parce que les escadrons de la mort font partie de leur stratégie, comme auparavant au Salvador. C’est ce qu’affirme ce livre : l’assassinat des universitaires fait et continue à faire partie de «  l’option Salvador ».

Conclusion des auteurs ?  L’objectif était d’éliminer la classe intellectuelle qui aurait pu devenir le fondement naturel d’un nouvel état démocratique. C’est sinistre. A ce point sinistre qu’il est malaisé d’y croire. Et pourtant c’est vrai : l’élimination des universitaires et autres professionnels de la classe moyenne a servi le premier et plus important objectif de la guerre : la destruction de l’Etat Irakien. «Stae ending» plutôt que « Nation Building»  Selon les auteurs de l’ouvrage, ce choix d’objectif de guerre s’est fait sur base du consensus de trois parties : les néo-conservateurs qui voulaient avec le ‘shock and awe’ de l’invasion faire un example, en vue de bases permanentes dans des lieux géographiquement stratégiques, comme l’Irak, pour la domination militaire du monde comme projet d’un « nouveau siècle Americain »; Israël qui ne voulait plus d’un état puissant dans son arrière cour ; et l’industrie pétrolière qui voulait mettre la main sur les plus grands gisements au monde. Cela aussi, je l’avais écrit sept ans plus tôt. Les insultes qu’on m‘a lancé pour cela.  
 
Aujourd’hui, tout est là, noir sur blanc, avec beaucoup de notes de bas de page, bien documenté, dans un livre publié par un éditeur internationalement reconnu (Pluto Press). Je dirai un livre historique. Le monde va peut-être enfin commencer à prendre conscience de la vérité. Des protestations partout dans le monde des milieux académiques seraient une bonne chose. Mais une minute de silence pour leurs collègues assassinés ne suffira pas. Parce que, et c’est cela qui est écrasant, il ne s’agit que de la pointe émergée de l’iceberg : les enfants nés avec des malformations imputables à l’usage du phosphore blanc et de l’uranium appauvri, le manque d’eau potable, d’électricité et de soins de santé, la destruction du système d’enseignement qui a produit une génération perdue, un million et demi de morts et cinq millions de réfugiés, toutes ces choses mises ensemble font de la guerre en Irak le plus grand crime de guerre et la plus grande catastrophe humanitaire par cause humaine des dernières décennies. Et cela continue. Il n’y a guère d’espoir d’amélioration, surtout après les dernières élections. Ajoutons à cela les bombardements incessants et l’éclatement sectaristste du pays, les éliminations et les purifications ethniques parmis les minorités (aussi traités dans le livre) et nous obtenons une image de l’enfer. Et nous, nous détournons de plus en plus la tête. Parce que, après ces sept années, nous avons ras le bol de l’Irak?
 
Moi aussi je me sens un peu lasse. Cela me laisse un goût amer de réaliser combien j’avais raison avec mes thèses, jugées absurdes dans le temps, à propos de la destruction de l’Irak. Même Bush a eu raison après coup avec son fameux show sur le pont de l’USS Lincoln le premier mai 2003 : «  mission accomplie ». Effectivement, l’Irak est détruit. Bon anniversaire, Monsieur le Président ! Oui, tu quoque Obama.
 

Lieven De Cauter Lieven De Cauter est un philosophe belge et président du BRussells Tribunal 

J’ai essayé de leur demander de chercher au-delà des mythes populaires et d’expliquer en profondeur pourquoi une telle invasion a eu lieue. C’était dans les années 70. Plus tard quand j’ai commencé à publier des livres, j’ai mis du temps à remarquer que les super puissances d’aujourd’hui, les Etats-Unis, ses alliés, la Grande-Bretagne et l’OTAN, s’étaient remis à coloniser.

La colonisation a toujours été un business sale et brutal. Sa version “XXIème
  siècle” montre que cet aspect violent du monde occidental du XIXème et début XXème siècle n’a en rien changé.  Nos journaux et Internet exposent tellement facilement ce comportement brutal qu’il ne peut pas rester cacher lontemps.  Pour le colonialisme à l’ancienne, l’information mettait des mois à arriver.  Maintenant le monde est au courant des tortures systématiques des prisonniers et des millions de réfugiés au fur et à mesure que cela se déroule.

Mais comment créer du sens avec ce qui est arrive? Nos maîtres à Washington ou Londres ne veulent pas que l’on sache ce qu’ils pensent. L’Irak a été entouré de mots mélodieux.  Nos leaders mériteraient d’être considérer comme des criminels ou des seigneurs de guerres. Enormément de gens ordinaires le pensent.  Mais nous n’arrivons pas à voir le scénario qui se cache derrière, ni à comprendre ce qu’ils pensent, ni à visualiser leurs buts.

Cultural cleansing in Irak, arrive à remplir ce manque comme aucun autre livre dont j’ai connaissance. Le livre illustre les décisions qui ont été prises – quelques unes étaient dans les failles du US-gouvernement - de détruire complètement l’ancienne société.  Le but des envahisseurs n’était pas juste de renverser Saddam Hussein, ce n’était que d’importance secondaire. Non, le but a été de détruire les structures du pays, les gens, l’intelligentsia et la classe moyenne. Une société urbaine et mature et a été mise à néant. Les envahisseurs modernes qui ont pris l’Irak ont agis tels les barbares qui par le passé anéantissaient villes et civilisations.

Cultural cleansing in Irak  démontre tout cela dans leurs détails les plus horribles.  C’est exactement pour cela que je suis fier et heureux que Pluto Press  ait été choisi par Raymond Baker et Tareq Ismael pour être leur éditeur. Bien sûr, nous sommes aussi très reconnaissants du BRussells Tribunal qui travaille intensément à rendre public cet événement horrible de notre temps.

CULTURAL CLEANSING IN IRAK.  Pourquoi les musées ont été pillés, les librairies brulées et l’intelligentsia assassinée. Edité par Raymond W. Baker, Shereen T. Ismael et Tareq Y. Ismael

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raté


LE PROJET DE L’OCCIDENT POUR L’IRAK EST RATÉ


Interview 

HANA AL BAYATY

Hana Al Bayaty

par Gie Goris – MO

24 mars 2010 (MO) - Hana Al-Bayaty fait des documentaires. Elle ecrit aussi des pièces d’opinion pour l’hebdomadaire égyptien Al Ahram. Elle a vécue à Bruxelles pendant quelques années et a aidé à organiser le BRussells Tribunal lors de l’invasion en Irak. En ce moment elle vit au Caire. Le MO* l’a rencontrée a l’occasion du septième anniversaire de l’invasion mais aussi pour la parution du livre “Cultural Cleansing in Iraq- Why museums were looted, libraries burned and academics murdered”.

Ce livre démontre que la guerre en Irak avait pour but de détruire le pays

Hana Al Bayaty: Je pense que le projet de détruire l’Irak remonte à 1990 et aux sanctions imposées contre ce pays. Elles avaient pour but de le démanteler, mais comme cela n’a pas vraiment marché, ils ont alors décidé d’occuper l’Irak. Ce n’est pas un processus qui a commencé en 2003. Le traitement préférentiel du Nord (majorité kurde) dans les années 90 était aussi une tentative de diviser le pays. L’invasion avait pour but de détruire les institutions étatiques. C’était seulement pour annihiler l’Etat. C’est alors que l’occupation a introduit le sectarisme. Les irakiens ne s’identifiaient pas en tant que chiites ou sunnites mais plutôt comme nationalistes, communistes ou éventuellement islamistes, y compris le parti Baath-parti de Saddam Hussein non sectaire- qu’on peut blâmer de beaucoup de choses, mais sûrement pas de sectarisme. On a découvert par la suite que 58% du parti Baath était de confession chiite.

Avant l’Irak était un partenaire de l’Occident. Pourquoi cette invasion?

Hana Al Bayaty: Il y a plus d’une raison. L’idée de dominer l’Irak et les autres pays arabes vient de la menace qu’ils représentent pour Israël. L’Irak était très riche et a toujours été un carrefour entre l’Europe et la Chine, entre la Turquie et le Golfe et entre l’Iran et l’Egypte. Et donc naturellement celui qui contrôle l’Irak peut avoir une immense influence sur les marchés mondiaux. Les États-Unis voulaient avoir ce pouvoir. C’était donc logique de commencer par l’Irak. Un deuxième point est que l’Irak était un pays prospère et donc avait le plus de chance de devenir un pays démocratique.

Cette possibilité n’était pas en vue sous Saddam Hussein?

Hana Al Bayaty: il y avait une large classe moyenne qui était très éduquée. Le gouvernement avait nationalisé le pétrole, investissait dans l’éducation et la santé, et avait une armée forte, ... Ils avaient tout pour devenir un leader du  monde arabe. Dans tous les cas il y aurait eu naturellement une transition. En Irak, le rôle de la femme avait été amélioré et elles étaient les plus libres dans la région. Le crime de l’Irak a été de nationaliser le pétrole. C’est la raison pour laquelle l’Occident a détruit l’Irak. Ca n’avait rien à voir avec Saddam Hussein.

Quand Saddam Hussein est arrivé au pouvoir il y avait beaucoup de sympathie pour le parti Baath, surtout depuis que le parti communiste avait suivi la position de l’Union Soviétique et ainsi reconnu l’existence d’Israël. Le peuple a considéré  cette décision comme une trahison. C’est donc de la faute des partis de gauche, cela n’avait aucun lien avec le fait d’être pro-américain ou non.

Saddam est quand même en partie responsable pour le déclin de l’Irak?

Hana Al Bayaty: Ca a commencé par la purge que Saddam a entrepris dans son propre parti. Evidement il y a le Koweït. Récemment la partie orthodoxe du Baath a reconnu que l’invasion du Koweït avait été une erreur. Sur la guerre Iran-Irak (1980-1988) les avis sont encore partagés. L’Iran et l’Irak ont été en conflit permanent dans l’histoire. A l’époque contemporaine, le principal problème était le caractère expansionniste de la Révolution Islamique en Iran qui ne reconnait pas la souveraineté des Etats. Ca a été un facteur très déstabilisant dans un pays avec autant de chiites qu’en Irak. Mais l’Irak est tellement laique que les chiites irakiens ont combattus l’Iran pendant huit ans. Même lors des élections de ces dernières années les irakiens ont démontrés qu’ils étaient laiques.

Mais il y avait de sérieuses oppositions entre les kurdes et les arabes, les habitants du sud de l’Irak et l’élite au pouvoir proche de Saddam Hussein...

Hana Al Bayaty: Dans les années 90 des pouvoirs occidentaux ont entrainés des milices dans le nord qui voulaient s’engager dans une invasion de l’Irak. Ils espéraient aussi un soulèvement populaire pro-occidental, mais ils n’ont pas pris en considération la longue histoire des mouvements nationaux qui ne menaçaient pas l’unité de l’Irak. On ne peut pas comparer l’Irak à la Yougoslavie car ce dernier a toujours été un état fédéral alors que l’Irak est depuis longtemps unifié. Peut-être il y a un besoin de plus de décentralisation ou de démocratie locale…

L’Irak est héritier de différentes civilisations, c’est une très vieille société avec beaucoup de diversités et de couches. Les milices soutenues par l’occupation qui ont installées la violence après l’invasion veulent précisément morceler tout ce qui rassemble ou unifie les irakiens. Ils détruisent les symboles et tuent l’intelligentsia. Les américains ont dépecer l’armée nationale et veulent créer une nouvelle armée basée sur ces milices - qui elles aussi s’opposent à un Irak unifié. Elles croient à un confédéralisme ou à une sorte d’autonomie, mais aucune ne peut représenter l’idée d’un Irak uni.

Le morcèlement de l’Irak ne s’est en tous les cas pas produit. Mission échouée pour les Etats-Unis?

Hana Al Bayaty: Je ne pense pas qu’ils s’attendaient à tant de résistance. Leur réponse à cette résistance a été très violente avec comme résultat, au minimum: deux millions de morts et cinq millions de réfugiés. Si le but était de privatiser à nouveau le pétrole alors c’est un échec. Si le but était de transformer l’Irak en une fédération faible alors c’est aussi un échec. Les médias occidentaux disent que la situation est maintenant stabilisée, qu’il n’y a plus de résistance. Mais ceci n’est absolument pas vrai. Les considérations stratégiques de diminuer les attaques contre l’occupation et le gouvernement actuel n’étaient qu’une question de timing. A ce moment là, c’était les élections américaines: les derniers mois du mandat de Bush et les premiers mois d’Obama, il n’y avait aucune raison de sacrifier des combattants puisque cela n’aurait pas mener à un changement de politique.

Est-ce que la résistance est irakienne? Quel est l’importance de la participation étrangère?

Hana Al Bayaty: “La participation étrangère” est risible. Même l’armée américaine dit qu’il s’agit de seulement 2% des combattants. En Afghanistan c’est la même chose. Et, malheureusement, la solidarité internationale n’a pas joué un grand rôle pour soutenir la résistance.

Vingt ans après la première Guerre du Golfe et sept ans après l’invasion par les troupes anglo-américaines il faut encore imaginer un futur . Comment peut-il être vu?

Hana Al Bayaty: Une amélioration ne viendra qu’à partir du moment où l’occupation prendra fin et lorsque toutes les troupes étrangères seront parties. Il faut que le gouvernement actuel soit remplacé par un gouvernement intérimaire et que des élections libres soit organisées. La base du gouvernement intérimaire devra être formée avec le soutien de la résistance et un espace pour d’autres patriotes. Par exemple le mouvement anti-occupation a donné, lors des dernières élections, son soutien à la coalition autour d’Ayad Allawi. Cela prouve que tout et tout le monde ne doit pas forcément venir du noyau dur de la résistance.

Ensuite nous avons un besoin urgent de relations stables avec les pays voisins car actuellement ils posent une réelle menace car ils s’ingèrent trop dans les affaires du pays et le résultat peut être une guerre civile. En particulier l’Iran, mais aussi la Turquie, l’Arabie Saoudite … jouent avec le feu. Et ça l’Irak pourrait bien s’en passer.

Originally published in Dutch: MO*magazine                                                                                                                                                                     haut de page

afghanistan


THE BRAVEST WOMAN IN AFGHANISTAN
INTERVIEW WITH
MALALAI JOYA





















 

BRUXELLES – L’autobiographie de Malalai Joya, politicienne et activiste pour les droits des jeunes femmes afghanes, est un cri de colère. Elle a survécue à cinq assauts et vit cachée dans Kabul. Malgré tout elle reste optimiste. “Arrêtez les bombardements et ne financez plus les seigneurs de guerre. Alors seulement les voix démocratiques oseront se lever.” Interview par Christophe Callewaert pour De Wereld Morgen.

Lorsque je l’ai rencontrée dans un hôtel bruxellois elle paraissait exténuée. C’est difficile d’imaginer que cette femme petite et frêle est la cible numéro 1 de tous les extrémistes d’Afghanistan. Depuis qu’elle a prise la parole librement à une Loya Jirga –la grande rencontre des chefs tribaux pour faire une ébauche de la constitution- elle est considérée par ses ennemis comme “une morte vivante”. 

Elle a déjà survécue à cinq assauts. Une fois elle a vue une bombe a explosé prématurément et le pont sur lequel elle devait passer en voiture partir en fumée. Malgré tout, elle vit toujours en Afghanistan. 

Malalai Joya: "Je vis à Kabul mais, malheureusement, je ne mène pas une vie normale. Je déménage tout le temps entre différentes maisons sécurisées. Je n’ai pas de bureau pour recevoir les gens. J’ai mêmes des gardes du corps mais ça reste très dangereux. Et maintenant que j’ai écrite ce livre, les extrémistes vont encore plus me menacer. Ils savent que je ne vais jamais accepter un compromis, et qu’ils ne seront jamais d’accord avec moi, alors ils veulent absolument m’éliminer. Je fais de mon mieux pour que cela n’arrive pas." 

Vous pouvez encore faire de la politique? 

Malalai Joya: "Je suis souvent invitée dans des provinces éloignées ou à des manifestations publiques dans Kabul, mais c’est vraiment trop dangereux. Ma vie est clandestine. Je reçois quelques fois des personnes dans des endroits tenus secrets mais pour pas plus de trois heures, question de sécurité. Si mes ennemis voulaient me mettre au silence, ils n’ont obtenus que l’effet inverse. Chaque menace prouve leur faiblesse politique." 

"Ma situation devrait réveiller tout le monde" ajoute Malalai Joya. "Sous les talibans, je pouvais encore donner des cours secrètement à des jeunes filles. Maintenant, je ne peux aller nulle part, même avec des gardes du corps. Quelle preuve demander de plus pour voir que cette guerre contre le terrorisme n’est qu’une immense plaisanterie. La libération de la femme n’était apparemment qu’une excuse pour envahir notre pays." 

Malalai Joya s’est faite connaître en décembre 2003.Elle venait alors d’être élue députée dans le Loya Jirga pour faire l’ébauche d’une nouvelle Constitution. Malalai Joya n’avait que 25 ans mais était déjà très connue comme cheffe de la santé. Neuf années plus tôt, elle retournait en Afghanistan depuis le Pakistan où elle a vécue et grandie dans un camp de réfugiés. Toujours adolescente sous les Talibans, elle donnait secrètement des cours à des femmes et à des jeunes filles. 

Dans votre premier discours, lors de la Loya Jirga,  vous vous en êtes prise sérieusement à quelques uns des personnes présentes. Pourquoi étiez-vous tellement en colère ?

Malalai Joya: " J’ai été choquée de voir tant de criminels de guerres présents à cette rencontre. C’est clair  que je redoutais fort que la Loya Jirga  ne serait qu’un pot-au-rose de l’occupation américaine. Mais ce que j’y ai vu était pire que ce que j’avais pu imaginer. Il était clair alors pour moi que les Etats-Unis (USA) et ses alliés n’avaient fait que remplacer les talibans par des seigneurs de guerre. Ceux-là même qui sont responsables de la guerre civile après le retrait de l’Union Soviétique. » 

Qui sont ces seigneurs de guerre? 

Malalai Joya: "Les seigneurs de guerre ont reçus des millions de dollars du CIA et de l’ISI (services secrets pakistanais) pendant la Guerre Froide. A cette période là ils n’étaient pas très sympathiques avec mes gens. Malgré tout, tout le monde, même les intellectuels et les progressistes, combattait l’occupation russe. Mais une fois que l’Union Soviétique avait quittée l’Afghanistan, ils ont montrés leur vrai visage. Hekmatyar, Massoud, Hatim, Rashid Dostum, ... toutes ces marionnettes aux mains des USA ont commises des crimes atroces." 

"Vous pensez que tout a commence avec les Talibans, mais c’est un mensonge. Les atrocités ont commencées avec les seigneurs de guerre. Au nom de l’Islam ils ont abolis les droits des femmes. Même les plus jeunes filles n’étaient pas en sécurité avec ces violeurs. Ils ont pillés les musées et les librairies ont été brulées. Ils ont assassinés plus de 65.000 personnes. Ils ont transpercés les têtes des opposants avec des clous . Ils ont arrachés la poitrine des femmes." 

"Le pire est qu’ils ont peut-être réussis à détruire l’unité nationale. Ils ont tous combattus au nom d’un groupe ethnique. La situation était tellement horrible que les afghans étaient soulagés de voir les talibans prendre le pouvoir et mettre fin à l’empire des seigneurs de guerre. Bien sûr ils ont vite étés désenchantés car à nouveau un gang de meurtriers avaient pris le pouvoir. En 2001, quand les talibans ont été éjectés du pouvoir, l’espoir était revenu mais pour un court moment. Le 28 Avril a été déclaré le Mujahedeen Victory Day (le jour où en 1992 la guerre civile avait commence) alors que cette date devrait représenter pour tous les afghans un jour de deuil national." 

Vous appelez Ahmed Shah Massoud un seigneur de guerre. N’est-il pas un héros national pour l’Afghanistan? 

Malalai Joya: "Massoud est un très bon exemple du « avant terroriste et maintenant héros pour les  américains ». En Afghanistan on appelle ce héros le « boucher de Kaboul » parce qu’il a commis un nombre immense de massacres et de ravages. Une rue dans Kaboul porte son nom mais personne ne l’utilise parce qu’il est haï. La CIA et le gouvernement français veulent nous pousser à voir Massoud comme un héros, mais les héros naissent dans le cœur des gens et pas dans les ministères des affaires étrangères." 

Ne voudrais-tu pas leur donner une chance? Peut-être ils montreront alors du remord ? 

Malalai Joya: "Huit années ont été suffisantes pour voir comment ils traitent mes gens. Quand les talibans ont pris le pouvoir, les seigneurs de guerres se sont terrés. Avec les millions de dollars qu’ils ont reçus du CIA ils se sont caches dans des cavernes. Après le 11 septembre 2001 ils sont ressortis et se sont comportés comme des loups mais cette fois-ci habillés comme des moutons. " 

"Maintenant ils sont même prêts à négocier avec les talibans. En réalité, ils n’ont aucun problème ensemble. Certains se réfèrent à l’Afrique du Sud : Mandela a bien aussi serré la main de ses ennemis. Oui, il y a des victimes qui pardonnent leur bourreau. Mais en Afghanistan ce sont des terroristes qui serrent la main d’autres terroristes." 

En 2005 vous avez été élue au parlement. Deux années plus tard vous avez été suspendue parce que vous auriez offensé des parlementaires. Ils exigeaient des excuses de votre part. Pourquoi avez-vous refusé? 

Malalai Joya: "En Afghanistan c’est la loi de la jungle qui règne. Est-ce si mal de comparer le parlement à un zoo ? D’accord, tous les parlementaires marchent sur deux pieds, mais les seigneurs de guerre parmi eux sont plus sauvages que les animaux. Eh, heureusement que les animaux ne peuvent pas porter plainte sinon ils m’auraient poursuivis pour les avoir comparés avec ces criminels. "(Rires) 

"J’étais assise là parmi des massacreurs de masse. C’est impossible que je trouve un compromis avec eux. Je pense même qu’ils ne savent pas ce que ça veut dire. Et que diraient mes partisans si je ne levais pas ma voix ? Oups, est-ce que notre Malalai serait aussi une corrompue? Non, je ne pouvais pas m’excuser simplement parce que ce que j’ai dit est la vérité. Les élections sont un signe de démocratie mais malheureusement après huit ans, les afghans voient bien que ce ne sont que des outils aux mains des occupants et des seigneurs de guerre pour leur donner une légitimité aux crimes qu’ils commettent. " 

Le président afghan Hamid Karzai vous a dit qu’il était d’accord avec vous. Croyez-vous en lui? 

Malalai Joya: "Hamid Karzai est une marionnette effrontée. Il a fait un compromis avec les terroristes les plus cruels et les a permis de dominer son gouvernement. Maintenant il veut aussi inclure les talibans dans son cabinet." 

Est-ce que vous regrettez que son opposant Abdullah Abdullah se soit retiré des élections? 

Malalai Joya: "Abdullah Abdullah est aussi un bon ami des seigneurs de guerre. Je pense même qu’il soit plus dangereux que Karzai. Abdullah est un fervent partisan du fédéralisme, ce qui créerait un désastre pour l’Afghanistan. Le pays serait plus facilement balkanisé. Ne perdons pas plus de temps avec ce genre de personne qui blablate à propos de la démocratie mais qui sont en réalité des ennemis." 

On dirait que personne n’est crédible. N’êtes-vous pas trop dure ? 

Malalai Joya: "Il y a beaucoup de progressistes et d’intellectuels dans mon pays mais ils doivent vivre clandestinement à cause de la guerre. Si les bombardements s’arrêtent et que les seigneurs de guerre ne sont plus supportés, alors les démocrates oseront élever leur voix. Maintenant ils n’ont aucune opportunité de le faire. C’est aussi la faute des médias qui ne veulent pas faire de reportage sur ce qui se passe réellement en Afghanistan. Avez-vous déjà vu une manifestation de professeurs sous payés à la télévision ?" 

Si les troupes étrangères s’en vont, l’Afghanistan risqué d’être déchiré par une guerre civile. 

Malalai Joya: "Qu’est-ce que vous faites avec la guerre civile qui est déjà là? Ils nous ont placés entre un roc et un endroit dur à vivre et ils appellent ça la démocratie.  Aussi longtemps que les troupes restent en Afghanistan il y aura une guerre civile. Les bombardements de l’OTAN tuent beaucoup de civiles dont la plupart sont des enfants et des femmes. Les USA se targuent en disant qu’avec leurs équipements ils peuvent trouver une fourmi, mais savent-ils pas faire la différence entre un enfant et un taliban? Et c’est ça le moyen de stopper une guerre civile ? C’est très simple. Ne donnez plus de million de dollars à ces seigneurs de guerre et leur empire s’effondrera. Ce sont des tigres en papier.” 

Les pays occidentaux ne peuvent pas donner l’Afghanistan et les afghans aux Talibans? 

Malalai Joya: "Actuellement on fait face à trois ennemis: les forces d’occupation, leurs alliés et les talibans. Alors les troupes étatsuniennes et l’OTAN devraient se retirer le plus vite possible de l’Afghanistan. Ca nous laisse donc deux ennemis, c’est déjà plus simple.  Et si les USA n’acheminent plus des centaines de million de dollars aux seigneurs de guerre, alors leur empire s’effondrera comme un château de cartes. Je suis convaincue de ça parce qu’ils n’ont pas le soutien de la population." 

Mais ça ne va pas détériorer la situation des droits des femmes? 

Malalai Joya: "Les droits des femmes ne se créent pas grâce à de la poudre à canon. Les droits des femmes ne viendront pas de l’utilisation des bombes à phosphores, des bombes à fragmentations, de l’uranium appauvri ni du bombardement de gens innocents. Les huit dernières années il y a eu plus de citoyens ordinaires tués par les forces d’occupation que de combattants talibans. Des millions d’afghans souffrent de l’insécurité, de la pauvreté, du manque d’emplois et de l’injustice. Même à Kaboul on n’est pas en sécurité. Bien sûr il y a eu un changement symbolique: 68 femmes dans le parlement. Mais la plupart sont nominées par des seigneurs de guerre ou par des fondamentalistes. " 

"L’insécurité croissante empêche aussi les jeunes filles d’aller à l’école. Elles risquent de se faire kidnapper ou violer. Le fils d’un député a violé une fille mais son père a tout fait pour qu’il se fasse vite relâcher. De ce que vous pouvez voir à la télévision et dans les journaux, seuls les talibans commettent des crimes." 

Une partie des troupes belges aide aussi à la formation de l’armée afghane. Obama espère que très bientôt l’armée afghane pourra reprendre les responsabilités des troupes étrangères. 

Malalai Joya: "L’armée afghan est l’ennemie des afghans. Qui dirige les militaires ? Les seigneurs de guerre. On ne place pas un lapin en charge du stock de carotte. On a eu une armée volontaire, mais les seigneurs de guerre n’accepteront jamais cela. " 

Les troupes étrangères sont aussi engagées dans la reconstruction. N’y gagnent-ils pas de cette manière le cœur des afghans ? 

Malalai Joya: "Malheureusement il y a aussi les seigneurs des ONG. Beaucoup d’argent réservé pour la construction d’écoles disparait dans la poche des seigneurs de guerre. Beaucoup d’ONG sont corrompues. Je l’ai vu de mes propres yeux. Il y a des écoles construites avec les matériaux les moins chers. Ensuite des photos sont prises rapidement pour le montrer aux principaux médias. Mais après une année il ne reste que peu de chose de ces écoles. Chaque jour les USA dépensent 160 million de dollars pour la guerre en Afghanistan. Vous imaginez ce qu’on pourrait faire avec tout cet argent?" 

Certains dissent qu’il n’y aurait qu’une solution politique. Ne serait-ce pas une bonne idée de négocier avec les talibans modérés dans le but qu’ils baissent les armes ? 

Malalai Joya: " Vous savez les talibans modérés n’existent pas. Il n’y a que des barbares et depuis peu certains sont décrits comme modérés par Karzai. Le problème ce sont les médias principaux qui trompent les gens. Bush a mis un prix de 25 million de dollars sur la tête de Hekmatyar et du jour au lendemain Obama le considère comme un modéré qui pourrait terminer dans le gouvernement? Encore une fois il joue avec le future de mes gens. J’ai peur que la politique d’Obama soit encore plus dangereuse que celle des criminels de guerre de Bush." 

Comment les politiciens occidentaux réagissent à votre raisonnement? 

Malalai Joya: "Même si je suis députée, je ne vois que très peu de politiciens. J’ai été en Allemagne et mes partisans ont urgemment demandé au gouvernement de me recevoir. Le gouvernement a refuse en répondant: « elle n’est plus député, non ? » Au lieu de protester ma démission, ils acceptent la logique de l’occupation. Ca montre que le gouvernement allemand a peur de la vérité. Heureusement que beaucoup de gens ordinaires sont de mon côté." 

Que diriez-vous au Ministre de la Défense, Pieter de Crem, si vous aviez une chance de le rencontrer? 

Malalai Joya: " Votre pays devrait suivre une logique indépendante. Alors vous seriez les bienvenues dans mon pays pour le reconstruire. Mais si les troupes étrangères restent en Afghanistan, ils recevront leur leçon comme les britanniques et les soviétiques l’ont reçue auparavant. Votre pays supporte la stratégie étatsunienne. Les USA veulent occuper l’Afghanistan parce qu’ils leur est alors plus facile de contrôler les deux pouvoirs régionaux : la Russie et la Chine. En plus ils ont accès plus facilement au pétrole et aux réserves de gaz des républiques d’Asie Centrale. C’est clair que vous ne voulez pas faire partie de ça, non ?" 

N’avez-vous jamais pensé à fuir l’insécurité et de continuer votre travail dans un pays plus sûr ? 

Malalai Joya: "Je ne veux pas abandonner mes gens. Partout où je vais-je clame qu’un pays ne peut pas être libéré par un pays étranger. Combattre pour la démocratie et les droits des femmes est la responsabilité des gens qui sont concernés. Ce serait illogique de le faire à partir de l’étranger. Je prends toutes les opportunités de voyager pour susciter la solidarité envers le combat des afghans. Mais si je restais tout le temps en Occident, je serais coupée de mes gens." 

" Je ne peux pas compter sur les medias afghans pour transmettre mon message correctement aux gens. Avant il y avait quelques mouvements démocratiques avec un journal mais ils ont du arrêter les publications faute d’argent." 

Pourquoi n’êtes-vous pas membre d’un des partis existants? 

Malalai Joya: "Plusieurs partis démocratiques m’ont demandés de rejoindre leur rang, mais je préfère rester indépendante. Je suis une activiste sociale. Je ne me compromettrais pas. Mais je pense à autre chose. Peut-être est-il temps de rassembler nos forces et de former un nouveau parti que les autres partis démocratiques et intellectuels peuvent rejoindre. J’y pense sérieusement. " 

Allez-vous participer aux prochaines élections? 

Malalai Joya: "On m’encourage à participer aux élections parlementaires. J’y pense aussi mais ce sera dur car je ne peux pas mener de campagne." 

Dans votre biographie, vous écrivez que les livres ont joués un rôle important dans votre vie. 

Malalai Joya: "Les livres sont comme la lumière. J’ai été chanceuse que mon père m’a donné l’opportunité de lire. Ces livres ont eus un immense impact sur moi. Spécialement le livre Gadfly (de l’écrivain anglais Ethel Lilian Voynich, ed). Ce livre m’est très important car il a changé ma vie. J’ai vue le film, lue le livre et encore regardée le film." 

Quels livres lisez-vous? 

Malalai Joya: "j’avais l’habitude de lire rapidement. Du temps des talibans, je lisais 3 livres par semaines même si je devais regarder dans le dictionnaire à chaque phrase. Mon grand-frère ne me croyait pas et pour me tester il a pris un jour un livre et m’a questionné, j’ai pu répondre à tout ce qu’il m’a posé. Ensuite ma famille m’a supportée et m’a encourage à lire plus et à étudier. Maintenant je lis de moins en moins. Je suis très vite fatiguée. La vie est tellement dure. Je ne lis plus de roman. Je dois préparer des discours, écrire des articles et donner des interviews." 

Est-ce que vous pensez que les Etats-Unis et ses alliés pourront un jour gagner la guerre ? 

Malalai Joya: "Ils l’ont déjà perdue." 

Pouvez-vous vous imaginez un Afghanistan libre et en paix? 

Malalai Joya: "je pense souvent que je ne le verrais jamais. Peut-être un jour... s’ils ne m’ont pas tué avant. " 

Copyright 2010 Creative Commons    Originally published in Dutch: DE WERELD MORGEN                                                                                                  haut de page

 
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